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C'est les vacances, le froid est là et nous mord les joues de son vent polaire. Quand le poêle chauffe et que la neige tombe, le face à face des extrêmes températures nous réconforte.

Et pendant ce temps, l'argent de nos épargne, lui, ne cesse jamais de travailler afin d'enrichir de quelques pourcents nos économies durement engrangées.

(Oui, l'introduction était courte et nous voilà violemment dans le sujet, navré).

Voilà qui est curieux : alors que les oiseaux luttent dans le vent et le froid, l'argent, lui, produit de l'argent sans avoir l'air de bouger.

Je vous parle bien sûr de l'usure.

Un terme un peu savant, un peu sauvage, pour traduire quelque chose que vous faites toutes et tous (et un peu moi aussi, c'est vrai).

L'usure, c'est le fait de prêter de l'argent et d'en recevoir des intérêts.

Curieusement, c'est aussi le fait que quelque chose s'abime. Ce parallèle, n'ayant ici aucune valeur argumentaire, me fait sourire.

Car l'usure monétaire génère l'usure du monde. (waw)

Mais ne nous égarons pas !

Qui est le vilain ?

Tout de suite, je vois des doigts qui se lèvent et d'autres qui pointent les méchants riches qui font du mal à la planète.

Mais comme je le dis toujours, il vaut mieux chercher une solution plutôt que des coupables. Vous remarquerez d'ailleurs que cette maxime entraine systématiquement vers ma seconde préférée : mieux vaut changer de jeu que de juger les joueurs.

Car nous sommes absolument toutes et tous victimes ET bourreaux de l'usure. Tantôt c'est votre banque qui vous tient par les douilles (ouille !), vous ayant fait un généreux prêt pour que vous achetiez votre maison, votre voiture ou votre écran plasma (référence de vieux oO).

Tantôt, c'est vous qui la pratiquez sans forcément le savoir, simplement en mettant de l'argent sur votre compte épargne. Parce que ce compte n'est rien d'autre qu'un outil de la banque utilise pour faire des investissements rentables (je simplifie un peu, mais c'est l'idée).

Ainsi, les intérêts que vous touchez sont ceux que d'autres payent.

Tantôt victime, tantôt vilain.

L'histoire de l'usure

L'histoire et l'apparition de l'usure sont, contre toute attente, surprenantes.

Le point de départ, c'est la bible, ainsi que le coran ou tout autre livre religieux dit “de base”. De Jésus à Bouddha, tous les prophètes ont dit à un moment donné : "l'usure, c'est de la merde" (la tournure peut varier).

Tous disaient que l'argent qui génère de l'argent est un péché ; et même un péché mortel. On pourrait d'ailleurs l'associer à l'avarice, l'un des sept péchés capitaux.

Aristote, également, condamnait l'usure. Pour lui "la monnaie a été inventée en vue de l'échange, tandis que l'intérêt multiplie la quantité de monnaie elle-même".

Wah l'autre hé, Aristote quel bonhomme !

Et en même temps, je me demande : la monnaie a-t-elle vraiment été inventée ?

C'est un sujet que je traiterai dans un article futur, mais la monnaie ne me semble pas être une invention mais plutôt une apparition spontanée. Elle est en réalité un simple outil de troc au détail, mais en rien une invention différente du troc lui-même.

Comme c'était compliqué de couper une chèvre en 12 pour acheter des sandwichs, la monnaie permettait de faire le compte juste sans sacrifier des chèvres à volo.

Ce que je veux dire, c'est que la monnaie n'a pas été "inventée en vue de l'échange", mais est plutôt une adaptation du concept de troc pour faciliter les échanges.

Cela peut vous paraître alambiqué, mais là où je veux en venir, c'est que cette forme spontanée de la monnaie est elle-même la cause du problème de l'usure (tin ! tin ! tin !).

La monnaie de l'usure

Pourquoi y a-t-il usure ? Pourquoi prêtons-nous de l'argent avec intérêt ? La vie ne serait-elle pas plus rose et chatoyante si tous nos emprunts étaient à taux zéro ?

Je crois me souvenir avoir déjà reçu cette idéal pendant une discussion de famille. Après tout, c'est vrai, tout serait beau si tout le monde était gentil et pratiquait des taux nuls.

Sauf que cette vision, comme ma famille à propos de l'économie, est plutôt naïve.

Ayons une vue macroscopique, une vue d'ensemble, une vue sociétale. La monnaie capitaliste (du dinar au bitcoin) a un gros inconvénient : si quelqu'un en gagne plus qu'il n'en dépense, il se créé un capital.

Le souci, c'est que ce capital ne circule plus.

Alors deux solutions existent:

  • D'une part, l'impôt permet de reprendre un peu du capital pour permettre à l'état de le réinvestir dans le système.
  • D'autre part, la création monétaire, de nouveaux billets fraichement imprimés (pas que, mais peu importe) sont injectés dans l'économie.

Sauf qu'à partir du moment où on créé de la monnaie (ce qui est inévitable), on augmente la quantité de monnaie en circulation (la masse monétaire) et donc, forcément, la valeur de cette monnaie diminue.

Pour le dire autrement, s'il y a 1.000€ qui circulent, alors on peut imaginer que la baguette coûte 1€. Mais si on passe à 1.000.000 d'euros en circulation, la baguette a forcément pris en prix.

Et à 1.000€ la baguette, on a moins de copains (blague hyper cultivée, je suis très fier).

C'est l'inéluctable inflation.

L'inflation contre le taux zéro

Continuons notre raisonnement, voulez-vous ?

Étant donné cet inévitable inflation, il faut forcément toujours plus d'argent, ne serait-ce que pour rester à l'équilibre.

Sachant cela, il paraît difficile de prêter de l'argent sans intérêt car alors le préteur perdrait de l'argent !

Prenons un exemple: Je prête 100€ pendant un an à Bernard Arnault (qui est un peu raide en ce moment). L'inflation étant à 2%, un an plus tard mes 100€ auront perdu 2% de leur valeur et ne vaudrons plus que 98€. Alors que si je lui prête avec un taux de 2%, je récupérerai 102€, gain qui compensera l'inflation. Et si je fais un taux encore plus haut, je gagne même de l'argent.

Donc, vous l'aurez compris, le prêt à taux zéro est une fabulation étant donné qu'il fait perdre de l'argent aux préteurs, ce qui est complètement incompatible avec la notion de croissance.

Ainsi la monnaie nécessite la croissance ; et la croissance impose l'usure.

C'est moche, mais c'est comme ça.

La monnaie organique

Maintenant que je vous ai montré que la monnaie capitaliste forçait l'usure, voyons ce qu'il en est en économie organique.

La réponse sera assez brève, vous allez voir.

En économie organique, la monnaie que je reçoit d'autrui va directement dans mon expérience économique. C'est la base du fonctionnement. C'est d'ailleurs ce qui brise la caractéristique de réserve de valeur (que 100% des autres monnaies passées et présentes possèdent).

Ainsi, la seule monnaie dont je dispose est celle que je créé à partir de mon expérience économique. Plus mon expérience est haute, plus je créé de monnaie chaque jour (il y a un exemple plus bas).

Ce qui signifie que je ne peux dépenser que ma propre monnaie: celle que je créé ; jamais celle des autres.

L'impact est direct : lorsque quelqu'un me prête de l'argent organique, ce dernier va directement dans mon expérience économique (rappel : fonctionnement de base).

Ce qui veut dire, en somme… qu'il est impossible de faire un prêt en monnaie organique.

De cette manière, si aucun prêt n'est possible, alors il est évident qu'aucun prêt avec intérêt n'est possible non plus.

C'est la fin de l'usure; bouyah !

Quid des grosses valeurs ?

La question qui vous tarabiscotte alors surement, c'est "comment faire pour dépenser une forte somme en économie organique ?"

Bien vu.

Parce que, étant donné que:

  • je ne peux dépenser que ce que je créé chaque jour,
  • ma monnaie a une durée de vie de 30 jours,
  • tout l'argent qu'on me donne va directement dans mon expérience économique,

…alors cela veut dire que je ne peux jamais dépenser plus de 30 fois mon revenu quotidien…

Ce qui peut paraître léger pour certaines et certains.

Répondons à cette crainte fondée.

La première réponse, selon moi la plus importante (mais sûrement selon moi seulement), est qu'il faut se projeter dans un contexte économique différent.

Dans le capitalisme, nous faisons des prêts pour généralement 4 raisons:

  • Acheter une maison;
  • Acheter une voiture;
  • Acheter des trucs chers dont nous n'avons pas besoin mais qui nous permettent de compenser nos frustrations et de dépenser tout l'argent qu'on gagne inutilement;
  • Faire des travaux.

En économie organique, les trois premiers points changent radicalement.

La propriété foncière

Premièrement, la propriété foncière est complètement chamboulée par l'économie organique, mais c'est tellement fou que ce sera un article à part entière.

Pour résumer, spoiler, dites-vous simplement qu'il n'y aura jamais besoin d'acheter une maison.

L'automobile privative

Deuxièmement, en ce qui concerne la voiture, il y a de grandes chances que son besoin soit drastiquement réduit.

Je m'explique.

Presque 85% des usages automobiles sont dédiés aux déplacements maison-travail. Vous rendez-vous compte ? 85% !

Or, à partir du moment où vous n'êtes plus obligés d'avoir un emploi pour avoir un revenu, que ferez-vous ? Les chances sont grandes pour que la plupart des gens se focalisent sur du travail plus local, plus social et plus concret.

Ainsi, le nombre de déplacements sur les routes devrait gentillement s'effondrer au profit de plus de vie locale.

En somme, il ne resterait quasiment que des camions sur les routes.

Dans ce contexte, quel intérêt y aurait-il à s'endetter pour une voiture ? Autant s'en passer ou en partager une avec le quartier ou le village. Ce qui se produira surement (et se produit déjà à beaucoup d'endroits, bien sûr, je n'invente rien).

Les crédits conso

Troisièmement, les achats impulsifs et compulsifs devraient fortement réduire pour deux raisons.

D'abord, n'ayant plus à travailler pour de l'argent, le sens de la vie et de l'emploi de chacun sera plus juste. Il devrait y avoir beaucoup moins à compenser car beaucoup moins de frustration. De même, n'ayant financièrement plus peur du lendemain, la propension à accumuler pour se sentir en sécurité devrait considérablement s'amenuiser.

La seconde raison est qu'il y a de grandes chances pour que tout coûte relativement cher. En effet, dans un monde organique, chaque objet et chaque service aura un coût qui représentera le travail qui a été nécessaire à le produire. Donc, il sera moins facile d'acheter des quantités de babioles inutiles, même si on se sent comme un enfant frustré devant un magasin de jouet.

Travaux et engagement

Reste les travaux. Et d'autres cas spécifiques, bien évidemment.

Comme je vous le disais plus tôt, il y a une seconde réponse à cette absence d'emprunt en économie organique, mais j'insiste sur son importance moindre par rapport à la première. Néanmoins la voici.

En économie organique, il est possible de contracter un engagement. Cela consiste à acheter un objet ou un service contre une grosse somme qui sera payée dans le futur, au fur et à mesure (un exemple plus bas, encore).

Pour vous donner une comparaison avec le monde actuel, c'est comme si vous donniez plein de chèques datés dans le futur.

Ainsi, il n'y a pas d'emprunt et certainement pas d'intérêt. A la place, on “s'engage” à payer la somme dans les jours/mois à venir.

Je vous rassure tout de suite, ce n'est pas un engagement verbal "t'inquiète, je te paierai bientôt pépère".

Ouh là ! Non.

C'est un paiement à l'avance, c'est à dire qu'au moment où on contracte l'engagement, on donne déjà toute la monnaie du futur (c'est de la cryptographie en somme, pour l'utilisateur ou l'utilisatrice ça ne se voit pas mais c'est ce qui se passe).

Il n'y a donc aucun risque d'impayé.

Exemple concret d'engagement

Voici un exemple. Je souhaite acquérir un rutilant scooter des neiges qui coûte 3.000 bouchons (le nom de la monnaie organique pour cet exemple).

Mon expérience économique est à 218.000 bouchons (c'est l'ensemble des bouchons que j'ai reçu depuis le début de l'économie organique. Ouais, j'ai pas mal taffé…), ce qui fait que je créé 60 bouchons par jour (le résultat du calcul 218.000^(1/3)).

Donc je peux, sans rien dépenser pendant un mois, avoir 60*30 = 1800 bouchons…

C'est la tuile.

Mais pas de souci, comme j'ai vraiment besoin (envie ?) de ce scooter, je vais contracter un engagement. Disons que je m'engage sur 3.000 bouchons en 300 jours, ce qui fait 10 bouchons par jour.

Une fois cet engagement fait, la personne qui m'a vendu le scooter va “débloquer” 10 bouchons par jour et les ajouter à son expérience économique. Et de mon côté, j'aurai 50 bouchons pas jour (au lieu de 60) pendant 300 jours.

Et fin.

Conclusion

Voilà, encore une fois l'économie organique nous épate.

Suis-je objectif ? Bien sûr que nonnnnnnn.

Mais en tout cas, l'usure, comme tous les défauts du capitalisme, disparaît.

Et attention, encore une fois : aucun contrôle, aucune police, aucune politique n'ont été nécessaires pour contrebalancer un défaut structurel.

Non, l'usure disparait spontanément.

Et ça, c'est important !

C'est tout pour cette fois. Je vous fais des bisous. Gus


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